La reprise de la Coupe de France est-elle une bonne chose ?
Nous avons rencontré le coach, Helder Esteves, pour recueillir son ressenti sur la reprise de la coupe de France. Il nous a confié son incompréhension quant au redémarrage rapide de la compétition et surtout les conditions auxquelles sont confrontés les clubs qui sont encore en lice.
- Comment as-tu accueilli l’annonce de reprise de la Coupe de France alors que personne n’attendait un retour si rapide de cette compétition ?
Un manque de considération vis-à-vis de notre sport
H.E. : « Le fait de pouvoir rejouer au football, ça nous fait plaisir. Par contre la façon dont ça a été mis en place, c’est catastrophique. Il n’y a pas d’autre mot ! En étant conscient des problématiques liés au sport, je ne comprends pas que la Fédération puisse donner un délai aussi court de 10 jours pour préparer un match. Les conditions nous empêchent ne serait-ce que de faire un match amical ou même de s’entrainer pour certains clubs. C’est un manque de considération vis-à-vis de notre sport et des acteurs de notre sport. J’ai la chance d’être dans une structure qui me permet de fonctionner autrement donc je ne suis pas victime de ces annonces mais je suis solidaire avec tous les collègues qui sont sur le terrain. Aujourd’hui, on demande à des garçons qui n’ont pratiquement pas fait de sport depuis 4 mois de faire un match 10 jours après avoir annoncé la reprise de la compétition. On demande à des équipes, pour certaines complètement amateurs et pour qui le football est un loisir, d’aller affronter une équipe éventuelle de National avec des joueurs « pros » qui s’entrainent tous les jours. On ne se rend pas compte de la dangerosité de cette décision, on met clairement en danger la santé des joueurs. Evidemment on s’y adapte mais c’est incroyable, je ne comprends pas. »
2. Dans les médias, on a entendu de nombreux clubs s’insurger contre cette reprise. Principalement les clubs qui n’avaient pas pu s’entrainer jusque-là et qui sont fatalement défavorisés sur le plan physique. A ceci s’ajoute les contraintes du protocole sanitaire. Peut-on dire que cette Coupe de France 2021 perd de son charme et qu’il aurait été préférable qu’elle s’arrête pour les amateurs ?
La seule priorité qui vaille, c’est la santé des joueurs
H.E. : « Ma principale préoccupation, c’est la faisabilité. Aujourd’hui, ce n’est pas faisable. Un éducateur doit en priorité sécuriser son environnement, c’est sa première mission. Pour pouvoir signer une licence, on doit faire des tests, voir un médecin et aujourd’hui, on nous met face à un danger important. C’est là où ça manque de cohérence. Evidemment la coupe de France est une compétition qui génère de l’argent et notre fédération en a besoin, on ne va pas minimiser les intérêts des uns et des autres, ce n’est pas le débat. Aujourd’hui il y a des choses qui ne sont pas faisables, soit on en est conscient parce qu’on est professionnel du métier, soit on ne l’est pas et dans ce cas-là, on met en avant d’autres priorités. Pour moi la seule priorité qui vaille quand on fait du sport, c’est la santé des gens, c’est l’éthique sportive. Ensuite il y a les autres priorités, on essaie d’additionner le tout et on choisit de faire ou ne pas faire. Mais là, on a, à aucun moment, pris en considération cet aspect là et c’est cela que je déplore, il n’y a plus de bons sens. Pour nous, jouer le Coupe de France, pouvoir reprendre une compétition, on est très content mais de le faire dans ces conditions, c’est incroyable. »
- As-tu le sentiment de reprendre la compétition comme s’il s’agissait d’un début de saison ?
Un match qui va se passer dans l’anonymat le plus total
H.E. « Chez nous, on a la chance de s’être entrainer un petit peu car on a des joueurs sous contrats fédéraux mais étant donné que nous n’avions pas de visibilité sur la compétition, on n’est jamais allé sur des axes particuliers pour ne pas surexploiter le joueur. Si tu fais faire certains entrainements avec une certaine charge et que tu attaques dans deux mois, le joueur va être épuisé, ce n’était pas le but. Il y a un timing à respecter. On a mis en place un système d’entrainement qui était assez général et dès lors qu’on aurait eu de la visibilité, on serait aller à fond sur des paramètres pour préparer vraiment les enjeux de compétition. Même pour nous, ce délai de 10 jours reste très court donc à un moment donné, il y a soit une prise de risque soit des choix à faire sur l’orientation de notre préparation des derniers jours. Tout ceci en plus va se passer dans l’anonymat le plus total, à huis clos dans le seul but qu’il y ai une équipe au tour suivant. Ce n’est pas possible de raisonner comme ça. Aujourd’hui les équipes vont jouer ce tour et après ? Il n’y a pas de continuité ni de stratégie sur l’ensemble. Il ne s’agit pas d’incriminer qui que ce soit, je sais que c’est difficile pour tout le monde mais je défendrai ce point de vue qui devrait être essentiel dans la réflexion des instances. »
- Comment se sont passées ces 2 mois sans match ?
Ça demande une adaptation totale
H.E. « On n’a pas pu s’entrainer normalement mais on a des joueurs dont c’est le métier et ça s’est bien passé. Il faut jongler entre le développement des garçons car il faut tenir des séances avec une certaine qualité, un volume et une intensité mais aussi tenir compte de leurs problématiques. Donc ça demande une adaptation totale, c’est une situation qu’on n’a jamais vécue par le passé, on n’a pas été formé en tant qu’éducateur pour gérer des situations comme celle-ci. On se questionne tous les jours avec mon staff pour essayer d’optimiser cette période et de préparer au mieux le retour à la compétition. On ne sait pas si on va être tout bon mais J’espère qu’on sera pas mal, c’est une inconnue. »
- Vu la situation sanitaire et notamment la propagation du variant anglais, penses-tu sur que nous ayons une chance de reprendre le championnat ?
On s’adaptera à ce qui va arriver
H.E. « J’ai arrêté de me poser ces questions car si je me les pose trop avec tous les changements, je pense que je devrais réorganiser à chaque fois mes semaines, mes cycles de travail tous les jours, et puis ça pollue l’esprit. Aujourd’hui on est focus sur ce qu’on maitrise, c’est à dire l’entrainement, développer nos joueurs, en tout cas les amener à être heureux de venir s’entrainer en cette période difficile. Et puis on s’adaptera à ce qui va arriver. Trop réfléchir, ça contrarie, ça joue sur l’humeur. Je ne me pose pas la question de savoir quand le championnat va reprendre mais lorsqu’il reprendra, j’espère qu’on aura plus de délai pour le préparer car il y a des échéances importantes pour le club. En attendant on essaie de prendre le plaisir où il est, vivre l’instant du mieux possible en ayant la chance de ne pas être malade et aussi d’avoir un job. On a cette chance de pouvoir pratiquer en extérieur notre activité, ce n’est pas le cas de tout le monde et on est conscient d’avoir cette chance. C’est ce que j’essaie de communiquer à mes joueurs »
M.B.
